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Les œuvres qui m’ont accrochée

En parcourant l’exposition Sensualité pour la première fois, trois œuvres m’ont immédiatement sauté aux yeux. Complètement différentes par leur sujet, leur format et leur médium, elles m’ont chacune frappée par leur manière bien particulière d’entrer en relation avec le thème central de l’exposition.



L’œuvre Joie de la mer chez les Yamanas de Louise Carrier est celle qui m’a d’abord surprise, surtout parce qu’elle semblait, à première vue, loin de l’idée de sensualité. Cette image à l’acrylique sur bois représente trois silhouettes dessinées simplement, qui dansent autour d’un bateau. Leurs corps élancés se contorsionnent avec joie, presque en suspension dans un espace beige-gris. Ces mouvements candides semblent contradictoires avec la sensualité, qu’on associe souvent à quelque chose de plus adulte. Mais au fond, la sensualité, ce n’est pas simplement l’éveil des sens? Joie de la mer donne envie de tendre la main et de toucher. Les couches d’acrylique créent des reliefs, des bosses, des creux qu’on imagine au bout des doigts. Les figures semblent gravées dans le bois puis remplies de peinture sombre, et des stries verticales apparaissent sous les coups de pinceau visibles. Tout ça donne à l’œuvre une présence tangible, presque charnelle, une sensualité qui naît du matériau lui-même et de la vision singulière de Carrier.



L’œuvre Persephone de Valentine Alma est sans doute celle qui colle le plus directement au thème. Installée dans la vitrine avant de la galerie, entourée de petites lumières féériques, elle attire immédiatement le regard. On y voit une grenade monumentale, ouverte en façade, laissant éclater ses grains scintillants. Les fruits, en art, ont longtemps été associés au corps féminin, et son interprétation sensuelle est tentante. Mais ici, ce sont les détails qui captivent vraiment. Alma cherche à représenter les plantes comme des êtres complexes, vulnérables, aussi dignes d’existence que nous. Chaque grain de grenade est peint avec délicatesse, composé d’une multitude de rouges, de roses et de blancs, le tout sur un fond chartreuse éclatant. Au lieu d’un cadre traditionnel, l’œuvre est coiffée d’un ruban brodé luxuriant orné de fleurs. C’est une pièce qui déborde de joie visuelle et vient combler les sens.



Puis, il y a Using Protection d’Alexi Dauphi, probablement l’œuvre la plus singulière de l’exposition. Une pièce en techniques mixtes, presque difficile à décrire. Un cadre doré entoure la composition, incrusté de minuscules feuilles et de fragments organiques. À l’intérieur, une toile renversée révèle la tension du tissu sur le bois. Des pointes métalliques longent les rebords, comme pour protéger l’œuvre contre toute intrusion. Au centre, une pierre précieuse attire l’œil, mais elle aussi est hérissée de pointes, nous gardant à distance. Une paire de sous-vêtements est tendue sur la toile, presque jusqu’à la rupture, rigidifiée par une couche de peinture. On ressent immédiatement la fragilité de cette barrière, qui semble bien mince pour protéger qui que ce soit. L’œuvre devient sa propre armure, comme le suggère son titre, un brin ironique. Elle renverse la sensualité : elle nous attire tout en nous repoussant.


Vous pouvez voir ces œuvres dès maintenant à l’exposition Sensualité à la Galerie d’Art Emergence.

 
 
 

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